Un proche logé gratuitement ne part pas : comment récupérer le logement pour le vendre ?
Un logement prêté sans loyer relève du prêt à usage, ou commodat. Si aucune durée n'a été convenue, vous pouvez y mettre fin à tout moment avec un préavis raisonnable, selon la Cour de cassation. Si une durée a été fixée, il faut en principe attendre son terme, sauf besoin pressant et imprévu reconnu par le juge. Sans départ, seul un jugement permet l'expulsion.
Comment qualifier l'occupation de votre proche ?
Le prêt à usage est le contrat par lequel vous confiez un bien à une personne pour qu'elle s'en serve, à charge pour elle de le rendre. Il est par nature gratuit, et vous restez propriétaire. C'est la situation habituelle du parent, de l'enfant majeur ou de l'ami logé sans loyer, souvent sans aucun écrit.
La qualification peut basculer. Si l'occupant vous verse une somme régulière en contrepartie du logement, même modeste, le juge peut y voir un bail soumis à la loi du 6 juillet 1989, avec ses protections : congé à l'échéance, préavis de six mois. Avant toute démarche, réunissez ce qui prouve ce qui avait été convenu : messages, absence de virements, témoignages. Cette étape commande toute la suite. L'absence d'écrit n'empêche pas d'agir, mais rend ces preuves plus importantes.
Comment mettre un terme au prêt ?
L'article 1888 du code civil prévoit que le prêteur ne reprend la chose qu'au terme convenu ou, à défaut, après l'usage pour lequel elle a été prêtée. Pour un logement prêté sans durée, la Cour de cassation a jugé en 2004 que le prêteur peut y mettre fin à tout moment, en respectant un préavis raisonnable.
Aucun texte ne chiffre ce préavis : le juge l'apprécie selon les circonstances. Adressez une lettre recommandée qui annonce la fin du prêt et fixe une date de départ. Si une durée avait été convenue, l'article 1889 permet au juge d'ordonner une restitution anticipée lorsque le prêteur a un besoin pressant et imprévu du bien. C'est au juge d'apprécier si votre situation répond à ce critère. Conservez la copie de la lettre et l'avis de réception : ils datent le point de départ du préavis.
Que faire si votre proche reste malgré tout ?
À l'expiration du préavis, il devient occupant sans droit ni titre. Vous saisissez le juge, qui peut ordonner l'expulsion et fixer une indemnité d'occupation. Suivent le commandement de quitter les lieux, en principe avec deux mois de délai, les éventuels délais accordés par le juge, d'un mois à un an, puis la trêve hivernale.
Ne coupez ni l'eau ni l'électricité et ne changez pas les serrures : contraindre l'occupant à partir de cette façon est puni de trois ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Dans un cadre familial, une médiation permet souvent d'obtenir une date de départ acceptée par tous, sans rompre les liens. Le recours au juge reste la voie à suivre si le dialogue échoue. Gardez trace de chaque échange, qui montrera vos tentatives de règlement amiable.
Pouvez-vous vendre le logement encore occupé ?
Oui, à condition d'en informer l'acheteur. La vente ne transforme pas le prêt en bail, mais l'acquéreur devra lui aussi passer par le juge si l'occupant refuse de partir. La promesse décrit donc l'état des démarches et indique qui les poursuit. Si le prêteur est décédé, ses héritiers reprennent ses engagements et peuvent mettre fin au prêt dans les mêmes conditions. Un acheteur particulier renonce généralement à un logement qu'il ne peut pas habiter à une date connue. Joignez au dossier la lettre de fin du prêt et, le cas échéant, les actes de procédure.
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Questions fréquentes
Quel délai de préavis est jugé raisonnable ?
Aucun texte ne le fixe. Le juge tient compte des circonstances : durée de l'occupation, situation de l'occupant, raisons du prêteur. Un préavis clair, écrit et suffisamment long réduit le risque de contestation par votre proche.
Votre proche peut-il soutenir qu'il est locataire ?
Il peut le soutenir s'il vous versait une somme régulière en contrepartie du logement : le juge peut alors y voir un bail, avec les protections de la loi du 6 juillet 1989. Sans aucune contrepartie, il s'agit en principe d'un prêt à usage.
Pouvez-vous couper l'eau ou l'électricité pour hâter son départ ?
Non. Contraindre une personne à quitter le logement qu'elle habite par ce type de moyen est un délit pénal. Seule une décision de justice, exécutée par un commissaire de justice, permet d'obtenir le départ d'un occupant qui refuse de partir.
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Sources officielles
Les règles citées sur cette page proviennent des textes et des services publics suivants :
- Articles 1875 à 1891 du code civil (prêt à usage, ou commodat)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 3 février 2004, n° 01-00.004 (fin du prêt à usage)
- Articles L. 412-1 à L. 412-8 du code des procédures civiles d'exécution (expulsion des lieux habités)
- Article 226-4-2 du code pénal (expulsion sans le concours de l'État)
Rédigé par l'équipe de Vendez Tranquille, marchand de biens en Île-de-France. Dernière mise à jour : .
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